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Patrimoine
Histoire du village
Protégé au nord par les monts de Vaucluse qui lui offrent les pentes boisées du « Rond » à l’ouest et du « pointu » à l’est, le village contemple le colorado Provençal, à ses pieds, vers le sud. Depuis les âges les plus reculés les hommes ont disséminé les traces de leur séjour et de leur travail sur les 2800 ha du territoire communal. Le territoire de Rustrel est situé à 10 km au nord-est d’Apt, sur le flanc méridional des Monts de Vaucluse. Il est arrosé par la Doa, affluent du Calavon. Le village, perché sur une colline à 400m d’altitude domine le bassin d’Apt. Les principaux ensembles géologiques rencontrés sur le territoire de la commune de Rustrel appartiennent tous à l’ère secondaire (Crétacé inférieur et supérieur). Village inséré entre Luberon et Monts de Vaucluse. Au niveau agricole, on retrouve des céréales, un peu de vignes, quelques oliviers, pruniers, cerisiers, amandiers, du colza et du tournesol et un peu de fourrage. Une importante production de charbon de bois a permis l’installation de 2 usines vers 1840 et le traitement du minerai de fer sur place. Vers 1880, l’exploitation intensive du massif ocrier prend le relais dans l’économie du village. Vers 1920, on comptait jusqu’à 25 chantiers qui exportaient 3 millions de tonnes d’ocre dans le monde entier. La crise des années 30, la seconde Guerre Mondiale et le développement des colorants chimiques ont amenés ses chantiers à fermer. Le dernier chantier s’est arrêté en 1990. Ce sont tous ces chantiers qui ont façonné sur près de 4 km de long ce site exceptionnel, baptisé le Colorado Provençal, pour la variété de ses formes et de ses couleurs.
patrimoine industriel
* LE FER :
L'usine de fer "du haut" : Notre Dame des Anges.
Le gisement de Notre Dame des Anges est découvert en 1832. A partir de ce moment, G. PERRE acquiert des terrains sur la colline. Dès 1838, il élabore le projet de construire une usine de fer à Notre Dame des Anges. Son projet, trop ambitieux ne verra pas le jour et le conduira à la faillite en 1844. D. DUPLANTIER rachète ses biens et reprend son projet sous une forme plus modeste. En 1846, l'usine commence à fonctionner avec 2 hauts fourneaux au charbon de bois. En 1847, l'usine débute sa production de fonte. Dès 1848, la conjoncture économique et la concurrence des produits sidérurgiques anglais, conduisent à la fermeture de l'usine. A partir de 1852, l'usine connaît deux faillites. Ce n'est qu'avec son rachat par Ms GAVOT et ROUX, qui entreprirent sa rénovation et l'agrandissement de ses bâtiments, que l'usine redémarre. L'usine emploie à ce moment 160 personnes. En 1859, une aciérie est construite, mais celle-ci s'arrête dès 1863, à cause de la mévente de ses aciers de mauvaise qualité. L'usine connaît de nouveau la faillite en 1865, puis ferme en 1870. L'espoir renaît avec l'arrivée de nouveaux exploitants en 1873, mais de fortes chutes de neige, en 1878, provoquent l'effondrement du toit des hauts fourneaux. L'usine ferme définitivement en 1887.
L'usine de fer "du bas" : Quartier Saint Pierre :
Dès 1835, J F.GAUFRIDY achète des minières et des forêts autour de Rustrel. L'usine du Bas est construite en 1840 par F. GAUFRIDY fils. Ses 2 hauts fourneaux sont alimentés en charbons de bois par l'exploitation GAUFRIDY. Le minerai est extrait à Villars. La situation de cette usine est florissante et F. GAUFRIDY obtient rapidement l'autorisation de "faire rouler" ses hauts fourneaux à perpétuité. Rapidement, le gisement de Villars est épuisé et GAUFRIDY demande donc une concession pour extraire le minerai à Notre Dame des Anges. Cependant, la concurrence de la fonte au coke le mène à la faillite en 1845. D. DUPLANTIER, qui possède l'usine du haut, tente alors de l'acquérir. C'est finalement G. PERRE qui la rachète, au nom de P. JARICOT. D. DUPLANTIER fait alors suspendre la concession à Notre Dame des Anges. Il s'en suit une bataille juridique jusqu'en 1848. A partir de 1852, jusqu'à sa fermeture définitive en 1865, l'usine connaît 2 faillites. L'usine a semble t'il été détruite pendant la guerre de 1870. Il ne reste aujourd'hui que les vestiges d'un pan de mur, à peine visible de la route d'Apt à Rustrel.
* L'OCRE :
La formation géologique des ocres:
Il y a 230 millions d’années, la Provence est recouverte par la mer. Les sédiments s’accumulent au fond des eaux et forment les calcaires blancs du pays : Mont Ventoux, Luberon, Monts de Vaucluse, Sainte Victoire, Verdon, Calanques.
Vers - 110 millions d’années, la mer s’approfondit. Les argiles grises recouvrent les calcaires : ce sont les "terrains aptiens".
Puis ce bassin marin étant presque comblé, des sables de couleur verte (due à la présence de glauconie), vont se déposer au-dessus des argiles.
Vers - 100 millions d’années, un bouleversement important se produit : la Provence se trouve hors d’eau avec un climat tropical aux pluies diluviennes qui altèrent les sables verts émergés, en les transformant en sables ocreux, puis en sables blancs avec cristallisation d’autres minéraux (kaolinite et goethite).
En surface, l’hydroxyde de fer se concentre (jusqu’à 70 %), semblable aux latérites africaines.
Les grandes dates de l’industrie ocrière:
- 1871: Jean l’Allemand établit à l’emplacement de l’Usine de fer « du Bas » le 1er lavage d’ocre du pays. - 1885: 12 chantiers de minerai d’ocre sont déclarés à la Mairie. - 1895: installation des premiers moteurs à gaz pauvre pour actionner les pompes des lavages d’ocre. - 1900: 10 chantiers produisent 20550 tonnes d’ocre. - 1925: 22 chantiers qui occupent 84 ouvriers. - 1992: arrêt du dernier chantier en activité.
Production:
- en 1899 : 20 000 tonnes - en 1914 : 36 000 tonnes - en 1929 : 40 000 tonnes - en 1950 : 15 000 tonnes - Aujourd’hui : environ 1 500 tonnes par an.
Les ocres étaient et sont encore aujourd’hui essentiellement un produit d’exportation (jusqu’à 90 %).
La concurrence des produits de synthèse et des colorants artificiels est la principale raison de l’arrêt de la production.
Actuellement, une seule entreprise,"La Société des Ocres de France" exploite les ocres en Pays d’Apt.
Les qualités fondamentales de l’ocre:
- Pouvoir couvrant et colorant (miscibilité dans tous les liquides, pas de réactions avec les chaux, les silicates et les ciments) - Inaltérabilité aux ultraviolets - Non-toxicitéé - Prix de revient peu élevé.
Utilisation des ocres:
- Colorant alimentaire : peaux des saucisses de Strasbourg, chocolat pendant la guerre (où l’on manquait de cacao), tabac à priser, papier des cigarettes Gitanes maïs, filtres à cigarettes, croûtes de fromages… - Médecine : propriétés dessiccatives et astringentes (cf. substances ferrugineuses), pansements gastriques au Moyen Age. - Pour nettoyer l’argenterie, polir les métaux, les glaces, raviver la couleur des carreaux de terre cuite. - Pour protéger le bois de l’eau (volets, coques de bateaux…) - Fabrication de papiers peints, de linoléum, papier carton, peintures. - Coloration du caoutchouc (chambres à air, bottes en caoutchouc, rondelles de bocaux). - Cosmétiques (fonds de teint).
L’extraction de l’ocre :
A Rustrel, l’extraction du minerai se faisait à ciel ouvert. Pour cela, on déboisait le sol, retirait la couche stérile, puis on faisait sauter la couverture ferrugineuse à l'explosif ou à la main. Le minerai était ensuite attaqué au pic et parfois à l'explosif. Les ocriers travaillaient avec un certain nombre d’outils, tels que des pioches de différentes formes, des barres à mine… Actuellement, l’extraction s’effectue au bulldozer, qui pousse l’ocre jusqu’au lieu de lavage.
Le lavage : Pour les chantiers disposant d’une source, l’eau était récupérée dans des bassins au dessus du chantier et on la faisait couler par des tuyaux jusqu’au tas d’ocre à laver. Lorsqu’il n’y avait pas de source, des stations de pompage de l’eau de la Doa étaient nécessaires. Ces stations étaient actionnées par des moteurs à gaz pauvre, à huile lourde, puis électriques. Ces moteurs étaient protégés dans des cabanons de brique. Le tas de minerai était ensuite lavé au jet et l’eau chargée de minerai s’écoulait à travers des valats (ruisseaux) ou des fossés.
La séparation :
La séparation s’effectuait par gravité dans les valats ou les fossés pour arriver dans les bassins de décantation. Plus lourd, le sable se déposait tout au long du parcours, aidé par des batardeaux qui gagnaient en hauteur au cours de la journée. Le soir on enlèvait les réhausses successives des batardeaux et on évacuait le sable.
La décantation :
L'ocre se déposait peu à peu en fines couches au fond des bassins de décantation. Tous les matins, l'eau décantée était vidée et remplacée par celle chargée d'ocre. Quand la couche d'ocre atteignait environ 40 cm, elle était abandonnée à l'action du vent et du soleil.
Le séchage :
A la fin mai, lorsque l’évaporation avait donné à l’ocre d’un bassin la consistance du beurre, on griffait sa surface à l’aide d’un traîneau à 4 pointes. Cette opération permettait d’accélérer l’évaporation, d'éviter les craquelures et enfin de pré-former des mottes d’ocre.
Le stockage : Les mottes étaient ensuite sorties et empilées sous forme de murs, avec une base plus large et un sommet constitué de morceaux plus petits, pour assurer une bonne résistance au ruissellement de la pluie. L’ocre était parfois stockée dans des hangars . Une fois sèche, l’ocre était transportée à l’usine où elle était traitée (cuisson, broyage et blutage).
Patrimoine monumental du village
* LE CHATEAU :
Ce château a vraisemblablement été construit à la demande des ducs de Lévis Ventadour, seigneurs de Rustrel, au début du XVIIème siècle. La date de 1626, gravée sur le cadran solaire, vient appuyer cette hypothèse. Un certain nombre de dates ponctuent l’histoire du bâtiment : Le 23 janvier 1627, les ducs de Lévis Ventadour vendent le fief à Charles d’Eyroux, un bourgeois de Simiane. Le 21 mai 1627, Charles d’Eyroux est dépossédé de ses biens au profit de la Communauté d’Apt. En 1643, la Communauté d’Apt, qui a besoin d’argent revend les terres de Rustrel à 3 coseigneurs. A partir de ce moment, de nombreux coseigneurs se succèdent. Après la Révolution de 1789 le château est vendu comme bien national. En 1831, l’ensemble du château appartient à François Blanc, qui s’est endetté « plus de 30 ans auparavant » de quinze cents francs pour son acquisition. Celui-ci le partage entre son fils et ses deux petites filles et le château devient une multipropriété. A partir de 1847, la commune de Rustrel commence à acheter certaines parties du château. Elle est aujourd’hui le principal propriétaire du bâtiment.
Plutôt qu’un château, il s’agit d’une grande bastide rectangulaire, flanquée de tours d’angles circulaires. L’ensemble de la construction est plutôt sobre, malgré un certain soin apporté au traitement des ouvertures : l’encadrement de la porte d’entrée est construit en grand appareil à bossage et les fenêtres sont à meneaux. C’est en 1858 que la tour Sud-Ouest est équipée de son horloge, de sa cloche et de son campanile en fonte. En 1992, la municipalité fait construire le quart Nord Ouest manquant du château, achevant ainsi sa construction.
Le plafond à la française et la partie haute des 4 murs d’une des salles du château conserve encore un décor peint du XVIIème siècle. On peut y reconnaître les figures des Vertus accompagnées de leurs symboles (Espérance, Charité, Force et Tempérance), les dons des saisons (blé, raisins) ainsi que des tableaux tirés des fables d’Esope (Le renard et la cigogne, l’homme et les deux femmes, l’homme et l’idole, Mercure et le bûcheron, la mère et l’enfant qui crie, le pêcheur et le petit poisson). Il est probable que ces peintures soient réalisées avec les ocres locales. L’ensemble de ce décor, les façades, les toitures et la cheminée Louis XIII sont classées parmi les Monuments Historiques depuis 1989.
* L'EGLISE :
A l’intérieur, l’église se compose de 2 nefs, de la chapelle St Romain au Nord et d’une ancienne chapelle transformée en habitation. La nef centrale, de caractère roman, est la plus ancienne. La voûte est ponctuée de 3 arcades en pierre blanche qui reposent sur un mur latéral à 4 arcatures à piliers massifs. L’abside est en cul de four sans aucun décor sculpté. La nef latérale est à voûtes croisées avec un retable à pilastres dorés. Le sol de l’église est en dalles de pierres.
L’église se serait installée à l’emplacement d’un couvent hors les murs (le vieux village de Rustrel et son église Sainte Marie-Magdeleine, se trouvant en hauteur) du XIème siècle. Après 1123, Laugier, évêque d’Apt, donne à l’église Notre Dame les églises de 16 villages dont Rustrel. Après le passage de Raymond de Turenne, qui détruisit Villevieille en 1392, l’église était en ruine. Elle fut reconstruite à l’identique un siècle plus tard. C’est probablement à ce moment que la 2ème travée et la chapelle annexe sont construites. La paroisse et la vie communautaire semblent définitivement stabilisé au début du XVIème. Au XVIIème on assiste à une renaissance du sentiment religieux. Et au XVIIIème, l’église et la maison curiale retiennent toute l’attention du conseil C’est à ce moment que de nombreux travaux sont entrepris dans l’église.
Sur le plan cultuel, l’église est très tôt placée sous la dévotion de St Romain, diacre de Césarée en Palestine et martyr à Antioche en l’an 303. Le culte voué à St Romain par les Rustrélien, déjà au XVIéme, connu un regain d’intérêt après le renouveau religieux du XVIIème. Une tradition voulait que le lundi suivant la « votive » se tienne la « foire de St Romain ». On y vend des porcs et des bestiaux de boucherie et de charcuterie. Assez importante en 1806, elle déclina au cours du XIXème pour disparaître totalement après 1876. L’église paroissiale est aujourd’hui placée sous le vocable de la Nativité Notre Dame.
* LA CHAPELLE NOTRE DAME DES ANGES :
La chapelle se compose d’une nef unique - faite de 3 travées voûtées en arêtes et d’une 4ème travée surélevée, couronnée d’une corniche - et d’une abside orientée probablement romane (XIIème siècle). La partie occidentale de la chapelle correspond à une extension de l’époque moderne. Au sud, accolé à la travée de choeur se trouvent les ruines d'une construction plus récente souvent appelée « l’ermitage ». Le pignon oriental est couronné d’un clocher mur à baie. * Une grotte, à quelques centaines de mètres au Nord de la chapelle, serait, selon la tradition un lieu de refuge. * Un relief rocheux, situé à l’Ouest de la chapelle, a été fortifié. On y distingue plusieurs tronçons de murs maçonnés et liés au mortier, très dégradés. L’hypothèse d’une tour carrée (au sommet), entourée d’une enceint oblongue a été émise (3).
Chapelle du XIIème siècle, rallongée en 1660.
Le castrum de type première génération peut laisser penser à une occupation du XIème au XIIIème siècle pour le village (3). L’entrée est construite avec des blocs en remploi (un bloc sur la gauche porte une inscription très abîmée : OC.OR.ASC.A C.OCOMODO DESOLACIO La source 3 propose d’y voir une dédicace moderne plutôt qu’une pierre de consécration. Avant 1660, la chapelle porte le nom de « Villelongue », ce n’est qu’au moment de sa réfection qu’elle est placée sous le vocable de Notre Dame des Anges (1, 2 et 3). La source 2 suppose qu’elle a peut-être succédé à l’ancienne chapelle de Lausnana, citée en 1383 (« Lhaulnanicis in territorio de Rustrello ») construite elle-même sur un ancien fundus romain. La chapelle était le lieu de pèlerinage des habitants du village le 8 septembre. En cette occasion on pratiquait le juec dou borni (jeu du borgne).
F. SAUVE précise qu’il y avait à l’emplacement de la chapelle Notre Dame des Anges, à la fin du XVème siècle un castellum et une chapelle.
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